Pour comprendre ce qui se joue dans la situation actuelle , il faut se souvenir qu’en 2003-2004 sous le règne de la droite, l’état a recapitalisé Alstom à hauteur de 300 millions d'euros (31,5% du capital). Le gouvernement justifiait alors cette nationalisation partielle pour trois raisons données dans cet ordre :
La première était d'éviter une faillite qui aurait contraint les grandes banques françaises - et quelques autres - à tirer un trait sur les crédits accordés à l'entreprise.
Seconde raison : il fallait éviter tout démantèlement de ce fleuron de la construction mécanique et électrique nationale.
Troisième et dernière raison: un dépôt de bilan menaçait l'emploi.
On voit dans l’ordre de ces raisons les motivations réelles de l’intervention du gouvernement de l’époque.
Au final, une fois encore l'Etat a socialisé les pertes d’un grand groupe privé sans contrepartie réelle pour l’emploi et le développement économique comme en témoignent les pertes d’emplois qu’a connu le groupe et la séquence actuelle de dépeçage.

Dix ans après aucun de nos experts ne remet plus en perspective les décisions de 2003-2004, alors qu’elles sont essentielles à la compréhension des règles économiques du monde capitaliste. Elles traduisent cette règle d’airain qui veut que les profits soient privatisés et les pertes socialisées, dès qu'elles deviennent trop importantes. Tout cela évidement au nom de l'intérêt supérieur de l'économie. Ainsi, les banques sont dispensées de subir les conséquences de leurs engagements hasardeux et c’est nous, le peuple avec nos impôts, qui à chaque fois devons assurer la survie d'une entreprise qui dans le cas d’Alsthom s’est lourdement endettée entre autres par son entrée en bourse et par le versement d’un dividende exceptionnel à ses précédents actionnaires (Marconi 230 M€, Alcatel 230 M€) mais aussi par des erreurs économiques réalisées par ces grands patrons du CAC 40 qui nous donnent constamment des leçons d’économie. Le bilan d’Alsthom en 2003 c’est une série d’acquisitions hasardeuses, des provisions monstrueuses pour les défaillances des turbines à gaz rachetées à ABB et l’annulation de commandes aux Chantiers de l’Atlantique.En 2003, Alstom se retrouve plombé par une dette de plus de 5 milliards d’euros !!!! Voilà leur bilan économique.
Cette dette, c’est la dette de nos grands gestionnaires capitalistes qui plastronnent à longueur d’émission pour nous expliquer comment ils savent mieux œuvrer que l’Etat. Mais cette dette c’est nous qui l’avons payée. Tout cela serait risible si en toile de fonds il n’y avait pas des milliers de vies impactées par les échecs économiques de ces escrocs.

Cette saga Alsthom et ces développements récents témoignent bien de ce qu’est le capitalisme financier et transnational. Une socialisation des pertes et une privatisation des bénéfices. Ce phénomène est à l’œuvre partout y compris au cœur même des USA, où l’on a pu voir le gouvernement des Etats-Unis nationaliser AIG ou General Motors. Ces interventions financières de l’Etat ne changent pas la donne comme on le voit aujourd’hui avec Alsthom après la nationalisation partielle ou lors de nationalisation totale de General Motors aux USA si on continue de donner carte blanche aux managers capitalistes pour restructurer, fermer de nombreuses usines, supprimer des milliers d'emplois ...

L’intervention financière de l’Etat doit aller de pair avec une vision économique qui rompe avec les logiques capitalistes. C’est ce tabou là qu’il faut faire tomber bien plus que celui de l'intervention de l'Etat dans l'économie. intervention qui a toujours existée dans l’économie libérale. Faut-il rappeler au souvenir de nos experts comment avec nos impôts ils ont sauvé une banque privée- le crédit lyonnais - à la fin du siècle dernier ?

L’enjeu du débat pour Alsthom c’est celui du sens de la production de ce fleuron technologique. On produit pour faire quoi ? C’est la première question à laquelle on devrait répondre. La question des moyens à y consacrer viendra après. Mais pour cela il faut accepter d’aller au-delà de la production de richesse dans le cadre d’une économie capitaliste. Les capitalistes savent pourquoi produire. Leur unique objectif c’est la captation de la richesse. A nous d’en avoir un autre et c’est tout le sens du projet du Front de Gauche avec l’Humain d’abord.

Cela implique nécessairement une rupture avec l’ordre économique capitaliste et avec son principal vecteur dans nos vies quotidiennes que sont les directives économiques libérales de la commission européenne.

Pour sauver les emplois d’Alsthom et tant d’autres emplois menacés par la crise du capitalisme il faut changer de logiciel économique. Cette séquence électorale européenne est une fenêtre parmi d’autres pour faire entendre cette exigence.