Cependant une telle ânerie me consterne. Et dire que ces propos émanent de la bouche d’un ministre d’état de la république française me plonge dans la honte pour notre peuple et notre culture.

Je ne peux que conseiller a notre ministre d’état de se pencher un peu plus sur ce que la pensée française -la civilisation dont il se réclame - a produit au siècle dernier.

Les sciences sociales françaises nous ont appris que le barbare c’est celui qui pense que tous les peuples qui ne vivent pas comme lui, lui sont culturellement inferieurs et sont finalement littéralement des barbares.

Le gouvernement de monsieur Sarkozy a rendu un Hommage national à Claude Lévi-Strauss pour ses 100 ans, le 28 novembre 2008. Monsieur Sarkozy aurait du exiger que ses proches collaborateurs lisent un peu mieux celui qu'ils étaient censés honorer. En effet les travaux de Lévi-Strauss nous ont enseigné la profondeur de ce préjugé, de la superficialité de cette pensée, de la puissance d’une telle illusion. Devant tant d’ignorance de votre part monsieur le ministre Guéant , je vous conseille de profiter de vos dernière heures de week-end pour lire Lévi-Strauss qui évoque ici les réactions d'hostilité qui accompagnent le plus souvent la culture de l’autre.

Il est temps pour vous de prendre humblement une leçon de culture française.

"L'attitude la plus ancienne, et qui repose sans doute sur des fondements psychologiques solides puisqu'elle tend à réapparaître chez chacun de nous quand nous sommes placés dans une situation inattendue, consiste à répudier purement et simplement les formes culturelles : morales, religieuses, sociales, esthétiques, qui sont les plus éloignées de celles auxquelles nous nous identifions. « Habitudes de sauvages », « cela n'est pas de chez nous », « on ne devrait pas permettre cela », etc.., autant de réactions grossières qui traduisent ce même frisson, cette même répulsion en présence de manières de vivre, de croire ou de penser qui nous sont étrangères. Ainsi l'Antiquité confondait-elle tout ce qui ne participait pas de la culture grecque (puis gréco-romaine) sous le même nom de barbare; la civilisation occidentale a ensuite utilisé le terme de sauvage dans le même sens. Or, derrière ces épithètes se dissimule un même jugement: il est probable que le mot barbare se réfère étymologiquement à la confusion et à l'inarticulation du chant des oiseaux, opposées à la valeur signifiante du langage humain; et sauvage, qui veut dire «de la forêt », évoque aussi un genre de vie animal par opposition à la culture humaine. ... Cette attitude de pensée, au nom de laquelle on rejette les «sauvages» (ou tous ceux qu'on choisit de considérer comme tels) hors de l'humanité, est justement l'attitude la plus marquante et la plus instinctive de ces sauvages mêmes. ... L'humanité cesse aux frontières de la tribu, du groupe linguistique, parfois même du village; à tel point qu'un grand nombre de populations dites primitives se désignent elles-mêmes d'un nom qui signifie les «hommes » (ou parfois - dirons-nous avec plus de discrétion? - les « bons », les « excellents » , les « complets »), impliquant ainsi que les autres tribus, groupes ou villages ne participent pas des vertus ou même de la nature humaine, mais qu'ils sont tout au plus composés de «mauvais», de « méchants », de « singes de terre » ou « d'oeufs de pou ». On va souvent jusqu'à priver l'étranger de ce dernier degré de réalité en en faisant un « fantôme » ou une « apparition». Ainsi se réalisent de curieuses situations où deux interlocuteurs se donnent cruellement la réplique. Dans les Grandes Antilles, quelques années après la découverte de l'Amérique, pendant que les Espagnols envoyaient des commissions d'enquête pour rechercher si les indigènes avaient ou non une âme, ces derniers s'employaient à immerger des Blancs prisonniers, afin de vérifier, par une surveillance prolongée, si leur cadavre était ou non sujet à la putréfaction. ... En refusant l'humanité à ceux qui apparaissent comme les plus « sauvages » ou « barbares » de ses représentants, on ne fait que leur emprunter une de leurs attitudes typiques. Le barbare, c'est d'abord l'homme qui croit à la barbarie". Claude Lévi-Strauss, Race et histoire, Éd. Denoël-Gonthier, coll. Médiations, 1968, pp. 19-22