Sans surprise l’enquête dresse évidement un tableau assez sombre de cette génération montante en France. Pour la dépeindre à grands traits, elle a le sentiment qu’elle ne peut pas vraiment prendre en main son destin, parce que les contraintes sociales sont trop fortes.





Face à ces constats somme toute lucides sur le poids des contraintes structurelles qui pèsent sur elle, prenons acte que cette génération est le résultat des 30 dernières années de politiques libérales et individualistes que nous avons connu en France.
Cette génération est confronté à un paradoxe qu’il faudra qu’elle surmonte pour s’ouvrir un avenir qui ne soit pas un avenir de résignation et de relégation. Cette génération se sait la victime d’un système impitoyable avec les plus faibles mais c’est la tout son paradoxe elle adopte des stratégies individuelles pour s’en sortir. Ce qui naturellement la désarme pour contrer les effets structurels qui bornent son avenir.
Un des résultats marquant de cette enquête qui révèle ce paradoxe c’est que cette génération se méfie des organisations politiques qu’elle identifie massivement comme corrompue et inefficace :



Cette méfiance compréhensible est le fruit amer de la vie politique des 30 dernières années où à toutes les élections nationales présidentielles et législatives, les gagnants du suffrage universel se sont empressés de faire l’inverse de ce qu’ils proclamaient durant leurs campagnes. Du programme commun à la rigueur sous le règne de Mitterrand, de la fracture sociale au CIP sous Chirac en passant par le lamentable quinquennat social du président du pouvoir d’achat Nicolas Sarkozy pour finir aujourd’hui par la présidence de François Hollande et son changement pour jamais cette génération n’aura connu que les trahisons politiques et les gueules de bois électorales. Comment alors s’étonner d’un tel rejet des forces politiques. Ce rejet se traduit naturellement par une distance vis à vis des organisations collectives quelques soit leurs bilans.


C’est là, le paradoxe de la situation que vit cette génération.
Victime des effets structurels d’un capitalisme débridé par l’échec du modèle soviétique, cette génération n’a pas de réflexes, ni de pensées collectives pour s’opposer efficacement à un système qui génèrent en masse les inégalités et l’insécurité sociale que pourtant chacun ressent.

Cette génération paye ainsi l’absence d’horizon politique de dépassement du capitalisme. Car chacun des maux qu’elle identifie provient du système capitaliste qui offre des profits colossaux pour le bénéfice de quelques-uns au détriment de tous les autres. Ainsi, sous la présidence de François Hollande de 2012 à 2013, la fortune des 500 familles françaises les plus riches a fait un bon de 59 milliard d’euro pour venir s’établir à plus de 330 milliards d’euro d’après l’INSEE. Plus que le budget de l’Etat Français. Cinq cent familles françaises gèrent un patrimoine plus important que le budget d’un Etat de 65 millions d’habitants. Dans le même temps le gouvernement de François Hollande veut nous imposer une cure d’austérité de 50 milliard d’euro. Voilà la réalité du monde dans lequel cette génération cherche un horizon. L’organisation de telles inégalités, d’injustices de cette ampleur sont le marqueur social de l’Histoire moderne. C’est pourquoi, en l’absence de perspective crédible de changement cette génération ne peut alors envisager que des sauvetages individuels. C’est là, que nait le paradoxe du paradoxe de cette génération que révèle aussi cette enquête. Cette génération est lucide sur les effets du système dans lequel elle vit mais chacun se persuade que le perdant cela ne sera pas lui.



Chacun croit ainsi pouvoir passer au travers des gouttes d’un système injuste et inégalitaire. C’est le paradoxe du paradoxe de cette génération qui est la première génération en France à vivre dans l’illusion d’un système capitaliste indépassable avec son lot d’injustices et de misères.

En occident et particulièrement en France, cette situation nous en sommes comptable nous qui avons été la génération qui a le plus profiter des conquêtes portées par l’espérance communiste tout au long du 20eme siècle. Des congés payés à la retraite en passant par un salariat protecteur avec une protection sociale en constante expansion jusqu’au virage libéral des années 80, nous avons hérité des réalisations du programme du CNR construit dans le sang et les larmes de la résistance face au nazisme. Nous avons hérité d’un modèle social et d’une perspective révolutionnaire en expansion, nous léguons à cette génération un monde ravagé par le libéralisme ou les perspectives révolutionnaires sont en reflux. Nous avons échoué à faire fructifier et à prolonger l’héritage que nous avons reçu. L’échec du modèle soviétique que nous avons soutenu a affaiblit considérablement les espérances collectives en un dépassement du capitalisme.
Cette expérience révolutionnaire, ce lourd échec du 20eme siècle que porte ma génération de militants communistes ne peut être dépassé que par une nouvelle expérience révolutionnaire, capable de prendre en compte, mieux que ce que nous avons su le faire, les intérêts généraux et particuliers de chacun pour tracer un nouveau chemin vers un monde démocratique et socialiste.
Parce que nous savons à partir de quel patrimoine nous avons nous-mêmes expérimenté des voies nouvelles qui n’ont pas toute été infructueuses loin de la,
Parce jamais les projets d'un capitalisme à visage humain n'ont paru aussi irréels,
Nous n'avons aucune raison de renoncer au dépassement du capitalisme. C’est pourquoi nous devons transmettre cette espérance qu’un autre monde est possible.
Pour cela nous devons modestement réapprendre avec cette génération le sens du combat collectif. La gauche, la vraie celle qui lutte pour l’égalité et la fraternité des Hommes c’est avant tout une culture du collectif au service du bien commun. La gauche sédimente et crée un terreau fertile sur toutes les luttes pour le bien commun : droit à l’éducation, à la santé, au logement au travail, à l'égalité, à la liberté … C’est sur ce terrain des petites et grandes victoires qui améliorent le quotidien qu'elle peut tracer les chemins d’un dépassement démocratique du capitalisme.

Ce n’est pas la moindre des choses que nous rappelle aussi cette enquête c’est que si nous échouons à recréer du bien commun autour du collectif et à transmettre à cette génération ce que nous même nous avons reçu : la conviction que ce système capitalisme n’est pas éternel alors cela sera plus que jamais « socialisme ou barbarie ». Car une fraction de cette génération qui se définie elle-même comme sacrifiée -comme d’autres avant elle dans les années 30 – peut basculer dans le rejet de l’autre et de la différence.